Voyage à Malte en septembre 2026
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Le conflit au Moyen-Orient, qui oppose les États-Unis, Israël, le Liban et l'Iran, freine en ce début d'année 2026 les projets de voyage dans les pays lointains. La haute saison touristique semble voler en éclats.
Avec le retour du printemps, Denise a eu des envies d'escapades. En raison de toutes les incertitudes que génère ce conflit, il n'était pas question de quitter l'Europe. Son projet de voyage en Asie est repoussé à la fin de l'année.
La France regorge de paysages naturels spectaculaires et de cités historiques. Dans un premier temps, Denise a retenu deux locations pour le mois de juin : La première, pour une semaine dans le massif des Écrins, entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud, et la deuxième, à Cavalaire-sur-Mer, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
L'été n'est pas terminé. Pour une courte escapade en Europe au mois de septembre, Malte est une destination idéale. L'île possède un riche patrimoine inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, comprenant des sites historiques et des villes fortifiées. Les eaux cristallines du petit archipel sont idéales pour la baignade. Un mélange parfait entre, culture, plages et détente...
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Formalités
Passeport ou carte d'identité en cours de validité.
Question transport
Aérien
Compagnie VOLOTEA
Deux billets achetés le 1 avril 2026.
Départ : le 11 septembre de Bordeaux à 6 h 45. Arrivée à La Valette à 9 h 15.
Retour : le 21 septembre de La Valette à 9 heures. Arrivée à Bordeaux à 11 h 40.
Prix des 2 billets aller-retour avec deux sacs en cabine : 398,84 €.
Terrestre
Nous nous sommes déplacés uniquement grâce aux bus publics pour la somme de 62 €.
Ferry
La Valette-Mgarr (Gozo) :
Catamaran de la compagnie Gozo Highspeed.
Départ de l'embarcadère de Sliema. Pas de véhicules. Arrêt de quelques minutes au port de Bugibba. 45 minutes de trajet. Les 2 billets aller à 17 €.
Mgarr-Comino :
Bateau de la compagnie Comino-Blue Lagoon Ferry.
Le billet aller-retour coûte 15 € par personne, visite des grottes incluse ; sinon, le prix est de 10 €.
Mgarr-Ćirkewwa (Nord de Malte) :
Compagnie publique. Véhicules et piétons. Trajet de 20 minutes. Les 2 billets aller à 9,30 €.
Question hébergement
La Valette
Mingles Lounge & Bistro First Floor Room
1, GZR 1022 Il-Gzira, Malte.
Établissement bien situé et facile d'accès en bus. Chambre agréable et confortable. Accueil possible au bar, sinon accès rapide par une boîte codée. Des adaptateurs électriques sont à disposition. 90 € la nuit. Petit-déjeuner pris au bar pour 15 € (copieux).
Victoria (Gozo)
Forty Three # 1, 2
Triq-Repubblika, VCT 1010 Victoria, Malte.
Appartement très bien situé en centre-ville, à cinq minutes à pied du terminal du bus. Hôte très sympathique. Appartement un peu vieillot mais fonctionnel. Agréable petite terrasse.
4 nuits pour 232 €. Paiement uniquement en espèces.
Adresse à recommander.
University Heights Lofty Apartment
11 Triq Calleja Schembri. Msida, Malte.
Petit cocon douillet. Très propre, avec tout le nécessaire pour un court séjour.
Notre hôtesse a été très à l’écoute de notre bien-être. 5 nuits pour 408,92 €.
Je recommande à 100 %.
Question au quotidien
La tension électrique du réseau est de 230 V, à une fréquence de 50 Hz. Les fiches et les prises de type G sont utilisées. Il faut se munir d'un adaptateur de voyage pour ces fiches et prises rectangulaires à trois broches.
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Carte de l'ile de Malte
Malte est un archipel composé de huit les, situées en mer Méditerranée, entre la Sicile et l'Afrique du Nord.
Quatre principales sont habitées : l'ile de Malte, la plus grande, cœur économique et politique du pays, qui abrite la capitale, La Valette.
L'ile Manoël, reliée à la promenade de la marina de Gzira, abrite une fortification du XVIIIe siècle.
L'ile de Gozo, située au nord-ouest, est la deuxième par la taille.
L'ile de Comino, située entre les deux premières, est presque déserte ; elle doit sa renommée à son Blue Lagoon (Lagon Bleu).
Le reste de l'archipel est composé d'îlots rocheux et de terres inhabitées :
Filfla est un gros caillou rocheux, esseulé au large des falaises de Dingli.
Cominotto est un confetti rocailleux dans une anse de Comino.
Les deux petites îles désertiques de Saint-Paul et les minuscules rochers appelés Halfa, Tac-Cawl et Ta' Fraben complètent cette localisation géographique.
Vendredi 11 septembre 2026
Prendre un vol de très bonne heure le matin nous permet d'éviter les files d'attente à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac... L'avion de la compagnie Volotea décolle à l'heure prévue, 6 h 45.
La Valette, la capitale de Malte, baigne déjà sous un chaud soleil lorsque l'avion touche le sol à 9 heures.
Les bus de la Malta Public Transport sont le moyen le plus économique pour rejoindre le quartier de Gzira, où Denise a réservé une chambre depuis quelques semaines.
Sous le panneau de l'arrêt RT3, Denise achète les billets (6 €) au conducteur. En quelques minutes, celui-ci, nous dépose à Gzira, le long de la promenade du port.
L'hôtel fait face à la marina. La chambre n'est pas encore disponible, alors nous laissons nos sacs dans une pièce fermée et sécurisée.
Les guides touristiques vantent le charme et l'histoire des Trois Cités : les villes fortifiées de Senglea (L-Isla), Cospicua (Bormla) et Birgu (Vittoriosa). Pour y aller, il faut traverser la baie, appelée Grand Harbour, soit à pied, soit en taxi, en bus ou en bateau.
L'embarcadère des transports maritimes se trouve dans le quartier de Slemia, à une quinzaine de minutes à pied sur la promenade.
Pour prendre un peu de distance avec la foule des touristes, nous délaissons la traversée en ferry public (Valletta Ferry Services) qui dépose les passagers à Cospicua.
L'option la plus pittoresque est la traversée en dghajsa. Denise règle le prix de la traversée directement au batelier (3 € chacun). Faire le trajet dans ce bateau-taxi traditionnel en bois est une étape agréable pour profiter des panoramas de la baie et des fortifications.
Nous n'avons pas le temps de flâner près du quai. Pour rejoindre les Trois Cités, il faut traverser à pied les rues de la capitale jusqu'à l'embarcadère de Lascaris et, là, prendre de nouveau un dghajsa.
Dès les premiers pas, l'architecture des habitations de La Valette me rappelle les couleurs des grandes villes du Rajasthan en Inde (Jaipur, Udaipur ou Jaisalmer). Les immeubles sont construits en pierre calcaire dorée, qui donne une teinte douce et chaude, entre jaune et ocre.
En levant la tête plus haut, je remarque les toits-terrasses qui offrent des vues spectaculaires sur les bastions historiques, les clochers et la Méditerranée.
Plan à la main, il est facile de se repérer dans cette ville, organisée en quadrillage rectiligne.
Les balcons en bois fermés sont une caractéristique et un symbole de l'archipel.
À La Valette, il faut ouvrir l'œil ! Il est impossible de ne pas remarquer les balcons suspendus, appelés gallarijas (ou gallariji), qui permettaient aux femmes de regarder dans la rue discrètement. À l'époque des chevaliers, les artisans arabes ou ottomans étaient nombreux.
De nos jours, qu'ils soient de toutes tailles, de tous styles, sobres ou richement travaillés, ils rythment esthétiquement les façades des immeubles, tout en gardant une fonction climatique. Ils ont pour fonction, entre autres, de couper le vent maritime qui peut souffler avec force.
Par son abondance de couleurs, les teintes de bleu ciel, de vert sombre ou de rouge vif, animent la pierre calcaire blonde.
Nous flânons à notre rythme ! Nous découvrons avec curiosité les angles de rue, où de magnifiques statues religieuses veillent avec discrétion sur les passants. Les niches ou les sculptures - appelées niċċe en maltais - ont été imposées par décrets, par l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean, lors de la construction de la ville.
Notre errance nous mène sur le front de mer de la capitale. Victoria Gate est une porte édifiée par les Britanniques en 1855. Elle arbore, au-dessus de ses deux arches, les armoiries de Malte, de La Valette et de l'Empire britannique.
La Triq il-Liesse (rue de Liesse) regroupe des petits entrepôts aux portails en bois colorés. Cette tradition de peindre les portes permettait d'orienter les marins et les dockers analphabètes : le rouge indiquait le stockage du vin, le jaune signifiait le stockage des céréales, le bleu était réservé aux produits de la mer et le vert désignait les produits agricoles.
Surplombant le Grand Harbour, la Church of Our Lady of Liesse a une histoire vieille de 250 ans. L'église, de style baroque en pierre calcaire, possède un dôme central en brique rouge et des bandes de pierre blanche.
En prolongement, le quai Lascaris est situé en bas des jardins Upper Barrakka.
Là, une petite flottille de dghajsas assure la traversée jusqu'aux Trois Cités. Nous grimpons dans l'une d'elles. Rapidement, quatre passagers se joignent à nous, et le batelier peut démarrer le moteur.
Quel contraste spectaculaire lorsque nous passons devant la proue d'un grand paquebot de croisière. Modernité et authenticité se côtoient tous les jours. Après cinq minutes de traversée, le marinier nous dépose sur le quai de Senglea (appelée également L-Isla).
Dès nos premières foulées dans les rues, nous avons l'impression de changer d'univers. Encore préservées du tourisme de masse, les ruelles étroites et escarpées du quartier vibrent au rythme de la vie locale. Le linge est suspendu aux gallarijas ; étendre ses vêtements et sous-vêtements depuis les balcons fermés est un geste quotidien.
Dans ce labyrinthe magnifiquement fleuri, les résidents décorent le pas des portes d'une profusion de cactus, de plantes vertes et de bougainvilliers éclatants.
Quel point de vue spectaculaire depuis les fortifications de Gardjola Gardens, à la pointe de Senglea ; sur l'autre rive, Valletta Waterfront et le port révèlent tous leurs secrets.
Le dôme de l'Oratoire Tas-Santissimu, visible au-dessus des toits, guide nos pas. Cette chapelle baroque, attenante à la Basilique de la Nativité de Notre-Dame, est mondialement connue pour abriter la statue de Jésus le Rédempteur, une des effigies les plus révérées de l'archipel.
Mauvaise surprise, l'entrée des deux monuments est fermée. Sur la place, des colonnes et des piliers en bois peint ou imitant le marbre me questionnent. Un résident me donne la réponse : ce sont des décorations qui servent de support aux statues des saints lors des fêtes paroissiales.
Une autre particularité de Malte est la signalisation des noms des rues. Ces caractéristiques reflètent l'histoire et l'identité multilingue de l'île. Les noms sont rédigés en maltais, parfois en anglais.
Le texte est gravé en noir et blanc sur des petits blocs de marbre blanc ou de pierre calcaire.
En quittant le quartier par Senglea Clok Tower, la vue plongeante depuis ce balcon naturel est extraordinaire... Le décor de la crique et de Vittoriosa se déploie comme une carte postale...
Nous franchissons la frontière urbaine pour entrer dans Cospicua, appelée aussi Bormla. Rien ne les distingue véritablement, sinon la taille : Cospicua est la plus grande et la plus peuplée des Trois Cités. Au fond de la crique, le quartier relie Senglea et Vittoriosa.
Dans l'ancien quartier maritime, nous « tombons » sur une nouvelle église ! La Knisja ta' San Pawl, une église baroque. ici aussi, la porte est fermée au public.
Une odeur agréable se répand dans la rue. Face à l'église, la devanture d'une pastizzeria est ouverte. Pause gourmande et économique... Pour s'imprégner de la culture locale, goûter un pastizz (0,50 €), un friand fourré au fromage, est l'en-cas incontournable des Maltais.
Le ventre contenté et plein d'énergie, nous pouvons continuer la balade avec enthousiasme.
La chapelle Knisja ta' San Ġwann t'Għuxa, construite en 1682, est aussi petite que son nom est long ! De nos jours, elle sert de centre culturel pour des réunions et ses expositions.
Volontairement, nous nous écartons du brouhaha et du chaos urbain.
Quelques centaines de mètres plus loin, nous trouvons par hasard les fortifications de Cottoner. Les remparts monumentaux encerclent les Trois Cités. Les murailles s'étendent sur près de cinq kilomètres, avec de superbes bastions et des portes richement ornées. Pas de boutiques de souvenirs, des portions de murailles à l'abandon et un accès dangereux le long d'un axe routier... Le quartier isolé ne reçoit que très rarement des visiteurs !
La zone de Bighi Dock 1 se trouve au niveau du front de mer de Cospicua. Une longue promenade piétonne longe un vaste bassin. Au cœur du parc, le plan d'eau est animé par un jet d'eau majestueux. Comme de nombreux visiteurs, venus chercher un havre de paix, nous nous arrêtons pour photographier les monuments chargés d'histoire, dont l'église Notre-Dame de l'Immaculée Conception.
Entre le patrimoine maritime et la ferveur religieuse, la vue de l'église résume toute l'âme de Cospicua.
Arriver à pied à Vittoriosa, appelée aussi Birgu, nous permet de découvrir la cité fortifiée. Nous plongeons dans le labyrinthe des rues étroites et escarpées, où les rayons du soleil peinent parfois à percer.
Nous avons un véritable coup de cœur pour les balcons colorés et les plantes en pot ; nous profitons pleinement du silence qui règne dans les rues désertes. Le quartier n'est pas encore complètement envahi par les touristes, mais je remarque qu'une grande partie des logements est dédiée aux utilisateurs d'Airbnb.
Sur le quai de Birgu Waterfront, à chaque pas une surprise : un nouvel angle de vue pour apprécier les monuments ou se reposer sur un banc devant les somptueux yachts.
Les quais échappent au rouleau compresseur des visiteurs. Devant nous, le majestueux Fort Saint-Angelo se dresse tel le gardien de l'histoire de Birgu... Impossible de se lasser de la vue imprenable sur les impressionnantes fortifications et le bleu de la mer.
Loin de l'agitation touristique, dans le quartier ancien du Collachio, nous remontons le temps... Je pousse un cocorico discret lorsque nous passons devant l'Auberge de France, construite vers 1533 pour loger les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. J'en pousse un deuxième, sous la porte de Provence. L'édifice est situé sur le flanc intérieur du bastion Saint-Jean. Conçue au XVIIIe siècle par un architecte français, la porte illustre le patrimoine baroque des Chevaliers de l'Ordre de Malte.
L'église Saint-Laurent se dresse majestueusement au bord du port de plaisance.
La façade baroque est sobre. Nous trouvons la porte d'entrée très discrète. Elle se trouve sur un côté, tout en haut d'un escalier. L'intérieur de l'édifice est richement décoré : du marbre rose, des dorures, des sculptures sur bois. Nous descendons dans une crypte creusée dans la roche calcaire... Une atmosphère mystérieuse et solennelle plonge les visiteurs dans l'histoire des Hospitaliers...
C'est avec soulagement que cette longue journée se termine ; il est temps de rentrer à Gzira.
Samedi 12 septembre 2026
Ce matin, Denise achète les billets (8,50 € l'un) dans le petit local de la compagnie Gozo Highspeed, installé sur le front de mer au Sliema Terminal. Le trajet doit durer 1 h 15, avec un arrêt à Buġibba, un port situé dans la baie de Saint-Paul.
À 9 h 45, le ferry quitte doucement son appontement et s'éloigne de la côte. Depuis la mer, je remarque l'expansion urbaine des quartiers de Sliema et San Giljan. Les promoteurs transforment le paysage historique ! Je suis fasciné par la nuée de grues de chantier qui pivotent dans le ciel.
Après une trentaine de minutes de navigation, le capitaine effectue une courte escale à Buġibba pour laisser monter de nouveaux passagers.
Moteurs rugissants dans le canal de Gozo, nous dépassons l'île de Comino qui abrite l'emblématique Lagon Bleu. Enfin, le relief escarpé de Gozo se dessine. Le ferry accoste au port de Mgarr, dominé par la silhouette de l'église et des fortifications... Nous sommes prêts à explorer l'île !
Nous grimpons dans un bus de la ligne 301 (2,50 € le billet). Quinze minutes plus tard, le chauffeur nous dépose au terminal routier, dans le centre-ville de Victoria, la capitale. Ambiance tropicale à Gozo !
Sous un soleil de plomb, la chaleur rend inconfortable le court trajet pour atteindre notre logement à pied.
Victoria, de son ancien nom Rabat, cache derrière ses ruelles médiévales un passé glorieux. Avant de flâner dans la ville, sur un banc de la place de Indipendenza, où trône l'église San Gakbu, nous prenons le temps de vivre et de nous régaler de pastizzi chauds, fourrés à la ricotta et aux pois cassés.
Les batteries bien rechargées, en visiteurs curieux, nous partons nous immerger dans la culture locale. Bien aidée par un programme financé par l'UE, la vieille ville est parsemée de bâtisses aux façades dorées. La population de l'archipel a placé la religion au centre de sa vie quotidienne.
Chaque quartier voulait posséder l'édifice le plus majestueux... La basilique Saint-Georges n'échappe pas à la règle. L'intérieur monumental (3 € l'entrée) est une véritable galerie d'art. Il est entièrement recouvert de marbre, de sculptures, de fresques et de mosaïques qui enjolivent les murs et le dôme. Nous ne nous attendions pas à y trouver une telle richesse artistique. Le maître-autel met en valeur le tableau représentant Saint Georges terrassant le dragon, une œuvre d'un artiste italien du XVIIe siècle.
Quelle chance de s'égarer dans le calme et dans l'ombre des ruelles pavées !
Sur le pas d'une porte, une femme âgée assise sur une chaise réalise un travail d'orfèvre... Cette technique, transmise de génération en génération, demande énormément d'application. Avec le sourire, elle nous fait une petite démonstration ; sur un coussin posé sur ses genoux et accroché à la boiserie, elle manipule des fuseaux en bois avec dextérité pour réaliser une dentelle.
Je pose un regard interrogateur sur la signalisation des rues et des maisons. La mention "Triq" est un mot maltais qui signifie "rue". Dans le vieux centre, les maisons portent des plaques nominatives, affichant le nom des propriétaires associé au numéro. Je remarque aussi des thèmes religieux ou géographiques en céramique.
Nous quittons les entrailles du quartier historique. Il faut suer dans la déclivité des rues escarpées ! Visiter la citadelle "Ic-Cittadella" se mérite... La forteresse médiévale est perchée au sommet d'une colline. Là-haut, le panorama est spectaculaire à 360 degrés. Si la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption est fermée, parcourir le chemin de ronde permet de découvrir un patrimoine exceptionnel. À chaque recoin, une découverte fortuite : une vue dégagée et vertigineuse sur toute la campagne, les villages et la mer, ou sur les toits de la capitale.
Dimanche 13 septembre 2026
Ce matin, Denise a organisé l'emploi du temps de la journée que nous allons passer dans le nord de l'île.
Avec le plan détaillé de l'itinéraire à la main, nous laissons rapidement derrière nous, dans le cœur historique de Victoria, la Citadelle et les magnifiques demeures ornées de balcons sculptés, représentant l'excellence du savoir-faire artisanal.
La campagne, qui s'étend autour de la voie Triq Wied Sara incarne le charme rustique maltais. Tout le long de la route sinueuse, le paysage est marqué par les versants de la vallée aménagés en terrasses étroites, retenues par des murs en pierre sèche. Sur le bas-côté, des parcelles de vignobles sont protégées par des filets verts.
Le dôme rouge, visible de très loin, domine le centre du village de Ghasri. Nous le traversons sans nous arrêter, jetant un regard sur les clochers jumeaux de l'église du Christ-Saint-Sauveur.
Le silence est total, pas une voiture à l'horizon lorsque la Triq Wied il-Ghasri, une bande asphaltée très étroite, plonge vers la côte. La route, entourée de parois rocheuses, devient chemin de terre et de pierres et nous signale l'entrée d'une gorge naturelle creusée par l'érosion.
Dans le creux des falaises, des baigneurs ont déployé leurs serviettes, bien décidés à bronzer et à s'offrir un moment de détente. Quelques pas plus loin, le spectacle est époustouflant ; un sentier, en courts lacets, longe la crête et permet d'observer l'embouchure du canyon taillée dans la roche.
Le bleu profond de la mer s'engouffre dans le canyon Wied il-Ghasri, pour prendre, plus loin à l'intérieur, des teintes de turquoise éclatant et de vert émeraude. Équipés de masques, des baigneurs explorent les parois immergées dans la gorge.
Un escalier, taillé dans la roche, descend à pic ; il est glissant et, en bas, nous atterrissons sur des rochers très coupants formés par l'érosion.
Le temps de prendre une photo et nous reprenons de la hauteur pour arriver aux salines de Ghasri, des bassins creusés par les hommes depuis l'époque romaine.
C'est dans ces alvéoles géométriques que, sous l'effet du soleil et du vent, le sel se cristallise. Le site, encore très actif, permet aux visiteurs d'acheter du sel auprès des producteurs locaux.
Les salines s'étirent vers l'est, sur près de 3 kilomètres, en direction de la ville de Marsalforn.
Sur les falaises surplombant les salines de Xwejni, une étonnante statue de bronze, appelée « Wieħed » qui signifie « Un » en maltais, a été érigée sur le plateau rocheux de Ras ir-Reqqa.
Un artiste maltais a réalisé cette œuvre contemporaine qui représente deux chevaux entrelacés, sans têtes et à huit pattes ! Une interprétation qui fait réagir toute la population maltaise...
Plus belles qu'un paysage de carte postale, les salines racontent un savoir-faire ancestral.
Denise avait repéré sur un blog la plage de Xwejni Bay. Ici, pas d'étendues de sable fin : la baie est une crique authentique bordée de rochers calcaires lisses, où le bleu de la Méditerranée vient effleurer le littoral.
Une invitation à poser la serviette tout l'après-midi. À Marsalforn, station balnéaire très prisée des habitants de Victoria, nous reprenons, à pied, le chemin du retour.
L'invitation à cette balade de 18 kilomètres nous a fait découvrir un coin très sauvage, très peu fréquenté et très représentatif de Gozo.
Lundi 14 septembre 2026
Quoi de mieux que la marche pour découvrir des paysages ?
Ce matin, j'ai préparé un petit circuit dans l'ouest de l'ile, avec une visite des sites incontournables : la basilique Ta' Pinu, la baie de Dwejra et les paysages côtiers.
Avant de sortir de Victoria, observer les façades dans les rues médiévales révèlen un nouvel intérêt pour l'architecture ancienne.
À Gozo, les balcons en pierre sont moins célèbres que les balcons en bois fermés. Mais ici, ces structures sculptées dans le calcaire font la fierté des habitants. L'île étant pauvre en bois, mais riche en calcaire tendre, les artisans, depuis des siècles, ont réalisé des balcons aux sculptures baroques ou géométriques d'une grande finesse.
Il est encore tôt, et un chaud soleil est revenu. Le passage de deux piétons surprend les conducteurs sur la route principale,alors que nous passons sous les ruines d'un ancien aqueduc, bâti au XIXe siècle par les Britanniques. Il servait à acheminer l'eau potable des sources d'Il-Mixta jusqu'aux réservoirs de la citadelle. Quelques arches ont survécu et enjambent la chaussée et les champs voisins.
La route monte en pente douce, les ailes du moulin à vent de Tal-Qasam ne tournent plus depuis des décennies. La modernité l'a rattrapé ; il a été reconverti en maison de campagne.
Un vent chaud fait frissonner l'herbe courte et brûlée, et nous apercevons, au loin, les toits du village de L-Ghasri et l'inévitable dôme rouge de l'église.
En septembre, le contraste de couleur est saisissant dans les champs bordés de murets en pierre ; quel charme entre les teintes roussies du paysage et la générosité des cultures.
Les fruits des figuiers de Barbarie colorent les impressionnantes haies de cactus et, à côté, c'est le début de la récolte des oliviers. Le ramassage des olives s'opère de façon traditionnelle, avec de grands filets étendus sous les arbres.
Au détour d'un virage, la silhouette monumentale de la Basilique de Ta'Pinu se dresse face à nous, isolée au milieu de nulle part. Quel choc visuel saisissant !
L'histoire du sanctuaire remonte au XVIe siècle, lorsque la Vierge Marie serait apparue à une paysanne. Au cours des années suivantes, plusieurs miracles lui ont été attribués, et Ta'Pinu est devenu un lieu de pèlerinage important.
À l'intérieur, ses murs, sans être surchargés, sont mis en valeur par la beauté naturelle de la pierre calcaire, presque rosée.
Nous reprenons notre chemin d'un bon pas, la prochaine étape est la Baie de Dwejra.
Le centre du village de San Lawrenz a su préserver son cadre pittoresque, offrant une atmosphère hors du temps. Mais, autour de ce noyau historique, des maisons récentes ont adopté un style plus contemporain. La cabine téléphonique avec son design et sa couleur rouge, héritage de l'Empire britannique, a été conservée comme élément de décor ou comme souvenir photographique.
À la sortie du village, l'endroit est désert.
Dans les vastes étendues arides aux teintes dorées et ocre, je remarque des grappes d'escargots agrippés aux brins d'herbe. Pour échapper à la fournaise du sol, les escargots s'agglutinent en grappes serrées, et scellent l'ouverture de leur coquille d'une couche de mucus. Leur métabolisme et leur rythme cardiaque ralentissent alors.
Ils peuvent passer plusieurs mois sans manger ni boire. Dès les pluies d'automne, l'humidité dissout le mucus : les escargots s'éveillent et descendent de leurs brins d'herbe...
Le plus de la marche, c'est des explorations impossibles en voiture.
Aujourd'hui, c'est la découverte d'un des secrets les mieux gardés de l'île ; une carrière de pierre ! Le site, invisible depuis la route, est impressionnant. Le chantier, où des engins s'agitent, est titanesque. Le calcaire doré est extrait dans la région depuis l'Antiquité.
Après de nombreux efforts, trempés de sueur, nous arrivons dans la baie de Dwejra.
Au loin, je remarque la tour de guet qui domine la mer. Enfin, on va pouvoir s'offrir une pause fraîcheur... Je détaille lentement les paysages côtiers. La vue sur le rocher appelé « Fungus Rock » est époustouflante.
Entre eaux cristallines, falaises déchiquetées et crique pittoresque, le lieu abrite une petite mer intérieure.
Après quelques minutes de repos, nous partons explorer les recoins de la baie. Nous marchons avec précaution sur les arêtes tranchantes des rochers sculptés par les vagues, où le sel marin s'est figé en croûte scintillante, dans les creux et les vasques formés par l'érosion marine.
Le Blue Hole semble creusé dans les rochers. En réalité, une arche sous-marine à une dizaine de mètres de profondeur le relie à la mer ; le site est un paradis pour les plongeurs. Nous grimpons sur la falaise : depuis un belvédère, le petit trou forme une piscine naturelle en forme de cœur d'un bleu profond.
Nous grimpons sur une immense falaise et trouvons la tranquillité pendant une petite boucle d'une heure, avec une vue photogénique sur la baie.
Nous apercevons, du haut de ce promontoire, une petite mer intérieure appelée Inland Sea, un lagon de couleur émeraude, encerclé de falaises et relié à la mer par un étroit tunnel naturel de 70 mètres à travers la roche. Nous descendons ensuite pour rejoindre le quai d'embarquement du lagon.
Tous les jours, si la mer est calme, des bateliers proposent une sortie en mer. Denise paye directement le batelier-guide (5 € chacun). Le bateau s'engouffre dans la faille rocheuse et étroite et, en sortant de l'obscurité, l'horizon s'ouvre sur le bleu intense de la Méditerranée.
Durant 20 minutes, dans le souffle des vagues, nous longeons les parois vertigineuses. Le guide-marin nous fait partager des anecdotes et des explications sur les minéraux qui teintent la roche d'un rouge brique.
Après un petit en-cas avalé dans l'un des restaurants, nous continuons notre périple.
Un sentier longe la côte vers le sud ; nous le suivons facilement à l'aide de l'application Maps.me.
Le chemin calcaire et pierreux démarre au niveau de la tour de Dwejra. Nous longeons la côte. À quelques centaines de mètres en contrebas, nous avons une vue plongeante sur Fungus Rock.
Ce tronçon côtier est signalé par un marquage discret : un point rouge peint sur les roches ou des cairns. Le temps est très chaud, sur le plateau désertique d'Ix-Xurbeb, où nous sommes exposés au soleil. Des panneaux signalent des propriétés privées délimitées par des murets de pierre.
À l'approche des parcelles cultivées, le sentier s'écarte vers les falaises. Les à-pics sont vertigineux et il n'y a aucun garde-fou. Loin de toute agitation touristique, ce balcon naturel donne l'impression d'être au bout du monde.
Nous quittons les falaises pour rejoindre vers l'est, une petite route qui serpente dans la campagne. Le paysage change, les champs en terrasses se succèdent, nous trouvons les premières habitations.
Je distingue le dôme de l'église de Ta' Kercem et, plus loin, les silhouettes lointaines des remparts de la forteresse de Victoria et à près de 6 kilomètres, la Rotonde d'Il-Xewkija, dont le dôme disproportionné semble posé sur les toits de la ville, se détache dans le paysage.
Mardi 15 septembre 2026
Un séjour sur l'archipel passe obligatoirement par une halte à l'île de Comino.
Après un déjeuner copieux pris à l'appartement, nous grimpons dans le bus vert et blanc qui assure la navette avec le port de Mgarr.
Sur le quai, des agences locales proposent toutes sortes de sorties : la navette standard (aller-retour) à 10 € le billet, la navette (aller-retour) + la visite des grottes à 15 € le billet, l'excursion en bateau semi-privé à 35 €, ou la formule « tout compris » en bateau privé avec repas et boissons, snorkeling et musique ; là, les prix explosent : des centaines d'euros le bateau.
Dans le kiosque de l'agence Comino-Blue Lagoon Ferry, Denise achète 2 billets (30 €) comprenant l'aller-retour, avec le tour des grottes inclus. Le responsable de l'agence nous place autour du poignet un bracelet de couleur qui est le pass d'accès obligatoire. Depuis 2025, le quota de visite est de 4 000 visiteurs en simultané au Blue Lagoon.
Sous un chaud soleil, nous quittons le port. Le trajet est rapide et le capitaine nous dépose à l'embarcadère, face au Blue Lagoon.
Nous suivons la majorité des gens vers la droite, dans l'anse du lagon. Je n'ai jamais vu autant de food trucks, de baraques à frites, d'étals à cocktails et de loueurs de parasols : sur une centaine de mètres, ils se touchent les uns les autres ! Je reconnais que la foule de clients est nombreuse...
Un peu à l'écart, nous escaladons quelques rochers pour étaler notre serviette. Nous nous émerveillons devant la couleur turquoise de cette piscine naturelle. Encerclé par Cominotto, le spot phare de l'île est une bande d'eau, dont la clarté est époustouflante.
C'est magnifique, mais c'est saturé, bruyant et sans ombre : après deux petits ploufs, nous nous engageons dans un sentier qui va vers le sud, entre garrigue et falaises.
Le sentier est quasi désert ; Comino est classée réserve naturelle et sanctuaire d'oiseaux, ce qui explique l'absence de voitures et de constructions récentes. Le seul hôtel qui existait est fermé depuis 2019.
Entre la vue sur les criques et la Tour Sainte-Marie, un ancien fort, chaque pas est une évasion qui réserve de belles surprises.
La crique de l'îlot Crystal Lagoon n'a pas la même renommée que Blue Lagoon, elle est surtout fréquentée par les bateaux, mais elle est tout aussi belle.
Du point le plus haut, la petite vallée qui s'ouvre vers la mer est encadrée par des collines. Maintenant, le sentier traverse une zone rocailleuse, désertique mais pas tout à fait sans végétation.
Nous passons devant la Chapelle Santa Marija, bâtie au XVIIe siècle. Des messes y sont encore célébrées.
Le ciel est lumineux, la température incite à la baignade... Santa Marija Bay, une longue étendue de sable blanc, est complètement de l'autre côté, vers le nord. Le décor et l'atmosphère sont différents : de la végétation, une eau chaude et translucide.
Je profite de ces instants de calme, pour détailler l'itinéraire de notre balade. Le tracé rouge relie le port de Mgarr à Comino, celui en bleu signale la balade dans le centre de l'ile, et le tracé vert indique le cap du bateau le long des sublimes falaises ainsi que le retour à Mgarr.
Les cailloux du chemin succèdent au sable, nous terminons la boucle en revenant vers le Blue Lagoon.
La végétation méditerranéenne a pris ses couleurs de fin d'été, les chardons ont adopté des nuances de marron et de doré, ils se fondent discrètement dans ce paysage de garrigue desséchée par le soleil.
Au tournant du chemin, mon GPS indique le petit sentier de terre qui mène à San Niklaw Bay. La baie est toute petite, encore plus tranquille que la précédente... Il n'y a que nous deux ! Les agences et les guides touristiques n'en font pas la publicité. Le sable couvre une toute petite surface, pour le reste ce sont des rochers plats.
À cette heure, le lagon est saturé de visiteurs bruyants et de bateaux de fête avec la musique à fond... La magie s'efface ! À l'écart, nous grignotons une part de pizza. Heureusement, la navette de 16 h 15 arrive bientôt.
C'est la cohue sur le ponton. Avec efficacité, un agent, méthodique et rigoureux régule le flux des visiteurs qui attendent les bateaux pour quitter Comino.
Le capitaine quitte l'embarcadère. Il y a un peu de houle lorsqu'il approche l'embarcation des falaises. Les eaux des grottes marines passent du turquoise au bleu saphir sous les arches, mais aussi à un bleu lumineux dans les anfractuosités peu profondes.
La balade à Comino a une saveur de sel pour moi. Installé tout à l'avant, je suis aspergé par les vagues tout le long du retour.
Erreur de notre part lorsqu'on grimpe dans un bus qui démarre en direction de Victoria. Le terminus est bien la capitale, mais le trajet initial se transforme en une excursion improvisée à travers le côté ouest...
Pas de panique, nous avons tout l'après-midi devant nous. C'est l'occasion improbable de découvrir les villages de Qala et d'In-Nadur, ainsi que les panoramas sur les collines qui descendent vers la Méditerranée.
L'itinéraire du conducteur passe par le centre, avec un arrêt dans la ville historique d'Ix-Xewkija. Le moulin à vent, appelé Xewkija Mill, servait à l'origine à moudre le blé et les céréales. Ce moulin, construit en 1710, est le plus ancien existant à Gozo. De forme octogonale et entièrement restauré en 2021, il abrite désormais un centre culturel.
Dans une ruelle que nous remontons, le patrimoine architectural et spirituel de l'archipel se dévoile à chaque pas. Les niches religieuses (Nićća) sont l'héritage baroque dévolu aux saints protecteurs ou à la Vierge Marie. L'autre signature visuelle, inspirée de l'influence arabe, ce sont les balcons (gallarijas) traditionnels fermés ou ouverts en pierre calcaire sculptée.
Le savoir-faire des bâtisseurs maltais se trouve au centre de Pjazza San Gwann, la place centrale. La Rotonde de Xewkija est le repère visuel incontournable de Gozo. L'édifice religieux a été édifié entre 1951 et 1971. Son dôme, le troisième plus grand dôme autoportant au monde, culmine à 75 mètres pour un diamètre de 28 mètres. Sans être pratiquant, je suis admiratif de tous les styles architecturaux...
Malte compte 365 églises. Il suffit de lever les yeux en l'air, il y a toujours un dôme ou un clocher pour servir de boussole !
Retour à pied à Victoria : devant nous, les remparts sont à seulement 2 kilomètres à vol d'oiseau.
En passant devant une station-service, le tarif du Super 95 indiqué sur le panneau est de 1,34 € le litre... Le moins cher d'Europe ! À titre de comparaison, le tarif en vigueur en France s'élève aujourd'hui à 2,20 € le litre.
La marche est la meilleure façon de découvrir l'atmosphère paisible, l'architecture traditionnelle et la vie quotidienne de la population. Quel contraste saisissant avec l'agitation de La Valette !
Mercredi 16 septembre 2026
Dans le terminal des ferries de Mgarr, Denise achète les billets (9,30 €) au comptoir de la compagnie Gozo Channel, qui assure le transport des passagers et des véhicules, au port de Cirkewwa, sur l'île principale de Malte.
Le ferry, blanc et massif, est rangé sur le quai. Son immense porte centrale avale quelques véhicules alignés en file indienne. Nous nous installons à l'abri du vent, à l'avant, au premier pont.
Rapidement, le ferry quitte son appontement, la traversée doit durer au maximum 45 minutes. Bien calé sur mon siège, je regarde les côtes de Gozo qui s'éloignent ; le capitaine met le cap sur Comino, où je reconnais les parois des falaises que nous avons découvertes hier.
Déjà, les installations du port de Cirkewwa sont atteintes. Nous retrouvons la terre ferme, nous sommes les rares piétons, le débarquement est fluide.
Dès la sortie du bateau, la signalisation est claire pour trouver la station de bus à la gauche du terminal. L'attente n'est pas longue au quai de la ligne 41. Denise règle le prix des billets (5 €) au conducteur. Bien installé sur mon siège, à travers la vitre, je porte un dernier regard sur les falaises, puis, au fil des kilomètres, je contemple les paysages et les couleurs de la garrigue sauvage qui s'opposent au bleu azur de la mer.
L'heure de trajet se termine déjà : nous retrouvons l'effervescence urbaine des abords de la capitale.
Nous descendons à la station de bus Kullegg, dans le quartier de Msida. Denise a loué, depuis la France, un appartement dans ce quartier il y a déjà plusieurs semaines.
Le secteur est en travaux. Nous traversons sur un pont la marina de Msida, où des centaines de bateaux allant du petit voilier aux yachts modernes sont amarrés aux pontons. Mon regard se porte naturellement sur l'église Saint-Joseph, juste en face. Sa silhouette et ses deux tours se détachent élégamment dans le ciel.
Dès la fin de notre installation dans le logement, nous nous dirigeons à pied dans le quartier historique de La Valette.
La rumeur des voitures est incessante dans la Triq Marina qui longe les quais. Quelle disparité entre la blancheur des coques des yachts et les maisons centenaires. Je constate que dans le coin, ce sont les édifices religieux et quelques immeubles qui ont bénéficié d'une restauration.
Les hauts murs de calcaire des fortifications historiques et le bastion de Floriana dominent la baie de Pietà. Ce n'est pas l'itinéraire des circuits des groupes de voyageurs. Nous quittons l'artère bruyante, et quelques mètres plus loin, la rumeur s'estompe, l'environnement est plus calme et serein.
Sous le soleil éclatant, le thermomètre grimpe vite, nous faisons des pauses à l'ombre des hauts murs. Enfin, la pente est plus douce lorsque l'on dépasse la porte de Floriana qui marque l'entrée de La Valette. Nous méritons une pause réconfortante à l'étal d'un marchand de pastizzi.
Le pas se fait plus léger sur l'immense esplanade où se dresse l'église Saint-Publius, une des plus grandes du pays. Nous remontons des allées ombragées, les yeux grands ouverts, nous parcourons avec plaisir, ce quartier où chaque édifice a été finement dessiné et décoré.
Après quelques dizaines de mètres, l'horizon s'ouvre soudainement sur une immense place où se dresse la Fontaine des Tritons, avec ses trois géants de bronze soutenant une vasque. C'est le lieu de rendez-vous des touristes... C'est normal, la station de bus est proche, et toutes les rues du quartier mènent à cette grandiose place. À proximité, le monument de l'Indépendance célèbre la libération du peuple maltais en 1964.
Au milieu des palmiers, le Mémorial de Malte semble être boudé par les visiteurs. Le monument se présente sous la forme d'une colonne de 15 mètres de haut, surmontée d'un aigle de bronze doré. À la base de la colonne, je lis les noms des aviateurs morts pour la liberté, lors de la Seconde Guerre mondiale.
Maintenant, nous sommes sur le point culminant de la capitale. L'Auberge de Castille représente le symbole du pouvoir. Des canons encadrent l'entrée principale. Ancienne auberge des chevaliers, elle abrite aujourd'hui le bureau du Premier ministre.
Du coin de la rue, j'aperçois la silhouette métallique de l'ascenseur des jardins Upper Barraka. Denise se souvient de la possibilité d'assister à la cérémonie de la Saluting Battery, qui a lieu tous les jours à midi et à 16 heures, du lundi au samedi.
Il y a la foule sur la terrasse d'observation (gratuite) des jardins !
En contrebas, des visiteurs ont payé (3 €) pour être au plus près du militaire. Pour clore le spectacle, sous une armée de téléphones et de caméras qui vont immortaliser l'instant, un militaire vérifie et charge un canon, puis tire une salve, libérant un panache de fumée
La balade dans les jardins est une parenthèse ombragée bienvenue pour échapper à la chaleur, et chaque promeneur est récompensé par des points de vue spectaculaires sur les Trois Cités.
Nous délaissons les rues touristiques. Dans le dédale du quartier, nous flânons, l'œil attentif aux moindres détails des immeubles...
Bien sûr, nous visitons une énième église - vive la climatisation médiévale ! - mais sans renier les fortifications...
Nos jambes n'en peuvent plus de cette longue journée de déambulation. Le jour décline, la lumière rasante du crépuscule offre des couleurs dorées sur le calcaire lorsque nous rentrons vers notre logement.
Jeudi 17 septembre 2026
Lors du petit-déjeuner, nous planifions le programme de la journée.
Motivés par la lecture de blogs de voyages et de revues touristiques, notre choix se porte sur la visite de Mdina et Rabat, deux villes historiques du centre du pays. Ensuite, pour rompre la déambulation urbaine, nous allons enchaîner jusqu'aux falaises de Dingli, situées à une grosse heure à pied.
Le dédale des rues de Msida échappe au tourisme de masse. Ses rues sont trop étroites pour laisser passer les bus à impériale des groupes organisés. Notre regard est attiré par un ancien bus. Quelques véhicules emblématiques, restaurés par des passionnés, offrent aux passagers une véritable machine à remonter le temps durant un court trajet.
Le ciel est clair et le soleil est de plomb lorsque l'on grimpe dans le bus de la ligne 57 à la station Kullegg. Le défi est immense pour le conducteur qui doit supporter les embouteillages. Enfin, après 1 h 30 de trajet, il nous dépose à Ir-Rabat dans la rue qui mène vers la côte.
Dès notre descente du véhicule, un homme âgé nous désigne la direction de Mdina d'un geste de la main. La ville, surnommée « la Ville Silencieuse » possède un patrimoine exceptionnel. À nous de le découvrir...
Avant d'entrer dans la cité fortifiée, nous flânons dans le dédale des ruelles. Je n'ai pas de plan ni de carte : il suffit de lever les yeux et de suivre l'excellente signalétique avant de traverser les jardins qui séparent les deux villes.
Main Gate, également appelée Porte Vilhena, est une majestueuse entrée de style baroque qui nous plonge dans l'atmosphère de la citadelle. De nombreux touristes traversent l'élégant pont, flanqué de deux lions sculptés en pierre. C'est l'heure de pointe !
Il faut trouver sa place entre les groupes organisés et les excursionnistes des bateaux de croisière qui saturent les monuments les plus emblématiques... À ces heures, la ville perd son surnom ! Heureusement, en bons voyageurs individuels, nous avons le temps et la liberté de les contourner.
La vieille ville, tout en haut d'une colline, est petite, raffinée et colorée ; le charme de Mdina semble figé dans le temps.
Impossible de ne pas visiter la cathédrale Saint-Paul. Sa façade et ses deux clochers à horloges dominent la place centrale. Ici, Denise débourse 20 €, un prix qui inclut la visite du musée, où des pièces d'argenterie et des gravures sont exposées dans les salles.
Il y a trop de monde et l'attente est trop longue pour visiter les palais ; le mieux est de déambuler dans les ruelles et de découvrir les paysages de la campagne depuis les remparts.
Nos yeux se posent une dernière fois sur les bastions massifs, et nous rebroussons chemin en traversant une grande rue pour visiter Rabat.
Depuis sept jours que nous sommes sur l'archipel, notre regard est affûté après toutes nos déambulations urbaines, mais le charme des ruelles opère encore. Nous sommes toujours à la recherche du détail qui fait la différence ; un balcon fermé et ouvragé, des sculptures de saints ou encore des façades marquées par le temps.
Nous remontons Triq San-Pawl , la rue commerçante et les venelles médiévales, bordées d'édifices aux teintes dorées, nous longeons l'église Santa Marija Ta' Gesu, dont les portes sont fermées.
Encore quelques mètres, et nous retrouvons l'effervescence touristique, mélangée à l'authenticité maltaise, autour de la très conviviale place Saint-Paul.
Il est 13 heures, les terrasses des bars et des restaurants attirent une clientèle bruyante, et les touristes qui font des va-et-vient devant les boutiques de souvenirs.
Triq Sant'Agata est la rue qui mène vers la route des falaises. Des catacombes sont visibles dans le sous-sol de la petite église Saint-Cathaldus. Ce petit joyau du XIIe siècle est l'un des plus anciens de Malte.
Une dame âgée, passionnée par son église, nous accueille. L'accès aux catacombes se fait par un don, la dame nous offre un dépliant (en français). La crypte est éclipsée par celle de l'église Saint-Paul, mais nous avons un bel aperçu des tombes, des niches et d'un autel sculpté. La visite rapide est une bonne alternative pour découvrir cette fascinante histoire ancienne.
À quelques pas de là, les portes de la Collégiale Saint-Paul, un chef-d'œuvre baroque du XVIIe siècle sont closes ; alors nous nous installons pour une pause gourmande au restaurant Diar iI-Bniet. L'offre culinaire traditionnelle est diversifiée, les assiettes généreuses. Pour Denise, une assiette XXL d'escargots (bebbux) à la sauce tomate et pour moi, une abondante assiette de spaghettis aux encornets.
Nous pouvons partir ! Nous avons le plein d'énergie pour la suite de la balade.
Dès les dernières maisons de Rabat, sur trois kilomètres, le paysage s'ouvre sur une campagne au milieu des champs délimités par des murets de pierre sèche. Une heure plus tard, nous arrivons dans le centre-ville de Had-Dingli. Petite pause fraîcheur devant la cabine téléphonique réhabilitée en mini-bibliothèque en libre-service, et nous repartons vers Il-Ballun, un ancien radar de la Royal Air Force.
Les falaises, à plus de 250 mètres au-dessus du niveau de la mer, s'étendent sur plusieurs kilomètres le long de la côte. La perspective des falaises est époustouflante, elles plongent verticalement dans les eaux. Nous sommes chanceux, le temps clair nous permet d'apercevoir Filfla, un îlot perdu dans la Méditerranée.
Le contraste terre-mer est sublime ; les eaux azur de la mer côtoient jusqu'à l'horizon les impressionnantes falaises de roches calcaires.
Sur ce paysage grandiose, notre excursion s'achève, l'heure du bus pour le retour à La Valette approche.
Vendredi 18 septembre 2026
La nuit a été agitée, rythmée par le grondement du tonnerre et des trombes d'eau ; ce matin, nous débutons la journée dans une atmosphère lourde, sous un ciel bouché.
Dans la banlieue la plus animée et construite de La Valette, Sliema, un ancien port de pêche, est devenu un quartier résidentiel prisé par les locaux et les expatriés. Mais c'est aussi un centre économique essentiel, qui regroupe des magasins de luxe, des restaurants, des hôtels et des écoles. À nous de découvrir ses rues, son architecture et toutes ses singularités.
Le ciel est très changeant, il se dégage et s'assombrit tour à tour lorsque l'on arrive à la promenade du bord de l'eau de Gzira.
Au milieu de la marina, l'île Manoël, d'une surperficie de 30 hectares, est située pile en face de La Valette. Son attraction principale est une fortification du XVIIIe siècle construite par les Chevaliers de Saint-Jean.
L'île n'en est pas vraiment une, puisque son accès est possible par le petit pont routier sur lequel nous nous trouvons. Du haut de ce promontoire improvisé, nous contemplons d'un côté, la marina de Msida et de l'autre, les bâtiments nouveaux de Sliema.
Denise a bien fait de s'équiper avec ses chaussures de sport, le chemin est à la fois bitumé et caillouteux puis en terre au milieu de la nature sauvage.
À la pointe de l'île, loin du tumulte et de l'agitation de la ville, la vue est incomparable, et le décor grandiose ; les remparts des fortifications se dressent devant nous, et la coupole de la basilique Notre-Dame du Mont-Carmel, une merveille architecturale, se détache avec élégance.
Nous observons le va-et-vient des bateaux traditionnels - les luzzus - qui glissent sur l'eau entre le port de Sliema et celui de Marsamxett à La Valette.
L'accès au Fort est fermé. La visite pour le public ne peut s'effectuer que lors d'événements ponctuels et des journées portes ouvertes.
Je remarque les armoiries sculptées au-dessus de la majestueuse porte en pierre calcaire. Nous contournons les murailles géométriques patinées et érodées par le temps. La balade dans l'histoire est terminée.
Au bout de la péninsule, appelée Dragut Point, le fort Tigné est la dernière forteresse construite par les chevaliers.
Nous ne flânons que quelques minutes devant les boutiques de marques, car Sliema, est le quartier où se mélangent étroitement une zone commerciale et une autre, plus résidentielle. C'est le rendez-vous des amateurs et des amatrices de shopping. Ici, l'architecture contemporaine côtoie l'ancienne.
À Sliema Point Battery, à l'extrémité de l'embouchure du port, un bâtiment en pierre calcaire a connu des destins multiples : la forteresse a abrité de puissants canons pour protéger l'accès au port, puis a servi de station de projecteurs militaires au début du XXe siècle, et, depuis des années, il est transformé en restaurant prisé du nom d'IL-Fortizza.
Nous cheminons sur la promenade qui s'étire le long du littoral. Cet espace piétonnier est un point de ralliement pour les habitants.
C'est une piste de jogging pour les sportifs, ou un cadre agréable pour les balades en famille. Des roches calcaires forment une succession de terrasses sculptées par l'érosion marine. Des amateurs de bronzage ont étalé leurs serviettes et des baigneurs profitent des vasques emplies d'eau de mer. D'autres, plus intrépides, utilisent des échelles en métal pour plonger dans l'eau profonde de la Méditerranée.
Dans ce secteur, les bâtiments nouveaux comptent parmi les plus hauts du pays. Beaucoup d'entre eux sont en cours de construction. Avec cette vitalité, les prix de l'immobilier y sont élevés.
Nous nous éloignons du front de mer, et de cette façade moderne et commerciale, pour nous immerger dans une tout autre atmosphère... Un labyrinthe de rues anciennes, caractérisées par les façades en pierre dorée et les balcons multicolores des demeures traditionnelles.
Comme je n'ai pas pris de plan ni de carte, nous nous fions uniquement à notre intuition et nous nous laissons porter au hasard des ruelles.
Un commerçant de rue a étalé son stand ambulant. Pour Denise, il est impossible de résister à l'achat de figues de Barbarie et de légumes, pour le repas de ce soir.
Les Maltais ont l'art de conserver leur patrimoine. Flâner dans Triq Il-Hnejja, c'est déambuler dans l'histoire.
Un côté de la ruelle fait office de passage piétonnier : un pittoresque trésor caché. La ruelle est unique, les résidents doivent monter une volée d'escaliers pour accéder à leurs logements.
Quelle surprise au bas d'une rue en pente... Nous débouchons sur Balluta Bay, une petite baie avec une plage de sable et le bleu cristallin de la Méditerranée. Un décor insolite, encadré par les hautes flèches de l'église Notre-Dame du Mont-Carmel et les Bâtiments Balluta art-Nouveau. Une ambiance typiquement maltaise...
La journée s'étire doucement ; après la vue imprenable sur la baie, nous longeons un coin de verdure qui apporte un brin de fraîcheur.
Nous traversons une zone excentrée dans les quartiers sans attrait de Gzira et Msida. Les vestiges d'un ancien bâtiment retiennent mon attention : la Pumping Station est une ancienne station de pompage des eaux usées de Msida. Le bâtiment, qui date de l'époque coloniale, mérite le coup d'œil pour son architecture historique.
Quinze kilomètres de marche aujourd'hui, autant que les jours précédents... Pas mal pour des retraités !
Samedi 19 septembre 2026
Sous un ciel nuageux, cap sur le centre-ville de La Valette, en passant sous Bieb Il-Belt, une des portes de la ville, connue principalement sous le nom de City Gate.
Nous ne perdons pas de temps à flâner dans The Mall Gardens, l'allée arborée et les jardins du square de l'église Saint-Publius ; nous souhaitons être parmi les premiers à visiter la co-cathédrale Saint-Jean.
Dans la rue, à hauteur de la Maison du Parlement, un édifice contemporain fait de pierre et de volumes massifs, c'est la ruée des touristes pour photographier un escalier en pierre contigu au bâtiment.
La rue piétonnière Triq-Ir-Repubblika est embellie par des oriflammes bicolores, aux teintes rouges et jaunes, tendus de chaque côté aux balcons.
Les festivités, en prévision de la fête nationale de l'Indépendance célébrée le 21 septembre, affichent un visage solennel et festif. Notre progression est ralentie par les visiteurs étrangers qui lèvent les yeux vers le ciel pour photographier cette profusion de couleurs. Les locaux, en famille, se promènent et participent à la fête au milieu des guides touristiques qui racontent l'histoire de La Valette à leurs groupes intéressés.
Enfin, nous arrivons à la co-cathédrale Saint-Jean. Je reste un instant immobile au milieu de la place, où trône la statue d'une figure de l'histoire maltaise.
Mon premier regard est frappé par un sentiment d'étonnement. La façade est dépouillée, je m'attendais à plus d'ornements. Son imposante silhouette se caractérise par un clocher qui abrite trois horloges indiquant bien sûr l'heure, mais aussi le jour de la semaine et la date.
Pour entrer dans l'édifice, il faut retourner dans Triq ir-Repubblika. Face à une entrée latérale, nous prenons patience dans une longue file de visiteurs... Tarifs ( comprenant l'audio-guide) : adultes : 15 €. Seniors et étudiants : 12 €. Enfants de moins de 12 ans : gratuit.
Les horaires : 9 heures - 16 h 30. Il n'y a pas de visite le dimanche et les jours fériés, ni lors des messes.
Denise règle le prix d'entrée (24 €), puis des agents de sécurité contrôlent nos sacs.
Après toutes ces longues minutes d'attente, nous ne sommes pas déçus par l'intérieur de ce chef-d'œuvre baroque. Quel contraste avec sa façade de style sobre et rigoureux.
Mon regard est saisi par le décor et la richesse de la nef et des chapelles latérales, qui brillent de mille feux. Nous avançons à pas lents sur le dallage, décrit comme le « plus beau sol du monde ». Ce prodige se compose de plaques tombales incrustées de marbre polychrome.
De part et d'autre de la nef, appareil photo et smartphone à la main, les têtes se renversent, l'œil rivé sur la voûte, pour réussir le cadrage parfait des fresques qui représentent la vie de saint Jean-Baptiste.
Le calme habituel de l'édifice religieux, a laissé la place à une effervescence admirative, rythmée par de nombreux va-et-vient.
Sur le côté droit de la nef centrale, l'Oratoire abrite une des toiles majeures du Caravage : la Décollation de Saint-Jean-Baptiste.
Un escalier mène à l'étage, dans une pièce. Facilitée par les nouvelles techniques, une projection de pointe reproduit l'œuvre de l'artiste en relief (3D). Comme tous les visiteurs, je suis saisie de stupeur par la dureté de la scène, et tous les détails de l'exécution.
Les yeux encore imprégnés de l'or flamboyant de la nef, nous retrouvons l'animation de la rue.
Quel contraste saisissant entre le silence solennel et l'effervescence touristique autour des kiosques de souvenirs.
À la station du terminal de bus, je repère le quai de la ligne 74. Comme indiqué dans les guides touristiques, les bus transportent les passagers jusqu'à la ville de Zurrieq.
Là-bas, il faudra descendre à l'arrêt Panorama et emprunter à pied un chemin jusqu'au petit port de Wied iz-Zurrieq pour découvrir une attraction majeure du pays : la Grotte Bleue.
Quelques minutes plus tard, nous nous enfonçons dans les paysages arides du sud de Malte. Après moins d'une heure de trajet, au détour d'un virage, l'horizon s'ouvre sur la mer Méditerranée et le petit port.
Il est presque midi quand nous arrivons dans la petite crique. Le ciel bleu azur cède la place à un voile de nuages qui annonce le mauvais temps. Alors, les bateliers s'affairent à remonter les bateaux sur une rampe en béton, à l'aide d'un treuil. Parmi les quelques touristes, c'est la toute dernière chance de sortir avant que la pluie n'arrive. Denise donne 20 € au batelier.
Dès le départ, nous enfilons un gilet de sauvetage. L'excursion s'annonce mouvementée : le petit bateau est ballotté par la houle. Alors que le guide scrute les mouvements de la mer, des cris de peur ou d'amusement s'élèvent.
La Grotte Bleue est un ensemble de cavités marines creusées dans les falaises. À l'intérieur, le spectacle naturel est saisissant : le bleu est presque irréel. Sous l'arche principale, les eaux translucides sont d'une limpidité absolue.
Malgré la houle capricieuse, le batelier s'efforce de donner des explications en haussant la voix : les algues qui s'agrippent aux parois et au fond des cavités sont directement liées à la teinte verte, alors que le bleu profond provient de la réfraction de la lumière solaire et du sable blanc, qui accentue cet aspect cristallin et transparente.
Le tour de 20 minutes passe très rapidement, et sans arrêt à l'intérieur des grottes, mais la Grotte Bleue mérite sa réputation. Le pilote ramène le bateau ; Denise regrette ce côté expéditif des derniers instants.
Par souci de sécurité, l'activité est terminée : les vagues sont trop fortes.
Avant de quitter le port, nous longeons la petite crique sur un trottoir cimenté. Dans l'eau, à l'abri des vagues, des baigneurs profitent de l'arrêt impromptu des barques.
Pour les derniers arrivés, il est possible de se rendre à un belvédère (gratuit) au sommet d'une falaise. Le panorama est superbe sur l'arche naturelle et sur Filfla.
Pour aller au site mégalithique de Hagar Qim, le trajet sur la route côtière est direct et court.
Attendre le bus de la ligne 74 est possible, mais il faudrait attendre près d'une heure. La route longe les falaises, l'étape est courte, mais il se met à pleuvoir ; pas de parapluie, pas de veste coupe-vent et il n'y a pas âme qui vive. Nous arrivons trempés au centre des visiteurs du site préhistorique.
Il est ouvert tous les jours de 9 h à 19 h en été. Le tarif est de 10 € pour les adultes, 7,50 € pour les seniors et les étudiants, et 5,50 € pour les enfants de 6 à 11 ans, ce qui inclut l'accès aux temples de Mnajdra situés à 500 mètres en contrebas. Un audio-guide gratuit est fournit.
Munis de nos billets, avant de sortir, nous visitons le musée, où un film et des expositions plantent le décor.
Le temple mégalithique est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Ce sont les civilisations du Néolithique qui ont érigé ce complexe entre les années 3 600 et 3 200 av.J.-C.
Hagar Qim est le temple principal, nous y allons au pas de course tant la pluie s'abat. Heureusement, une vaste couverture protège les deux temples...
Ce n'est pas top pour les photos, mais ces installations protègent de l'érosion les blocs de calcaire... et les touristes imprévoyants ! Le temple aligne des blocs de calcaire, dont un mégalithe énorme, do,t le poids est estimé à 60 tonnes.
Parmi les visiteurs qui font des va-et-vient dans les salles reconstituées, je remarque un bloc qui possède un « trou d'oracle », une ouverture circulaire qui laisse passer les rayons du soleil lors du solstice d'été, et des portes appelées trilithes. Elles sont formées de deux pierres verticales qui en supportent une troisième à l'horizontale.
Le site est bien pensé : un trottoir balisé pour éviter de piétiner la flore permet aux visiteurs de rejoindre le temple de Mnajdra.
Ce complexe se compose de trois structures distinctes, positionnées face à la mer : les vestiges sont en calcaire corallien, très dur et résistant, et l'état de conservation est excellent.
Ce temple est surtout reconnu pour son alignement astronomique, son entrée principale encadre les rayons du soleil lors des équinoxes de printemps et d'automne.
La fin de la visite est moins agréable quand une forte averse s'abat sur la côte. Pour "attraper" le bus, il faut affronter les éléments jusqu'à l'entrée du site.
Par chance, nous pouvons échapper aux bourrasques d'une pluie battante sous l'abri-bus.
La pluie redouble jusqu'à La Valette et on ne peut échapper aux éléments. Le déluge nous rince et a transformé les ruelles en pente en ruisseaux impossibles à esquiver.
Dimanche 20 septembre 2026
Dans la nuit, un orage violent a éclaté, mais ce matin, l'optimisme est revenu avec le beau temps.
Pour cette dernière journée, nous avons choisi de porter un dernier regard sur la Méditerranée depuis la ville de Marsaxlokk, un village de pêcheurs situé au sud-est de l'île, où tous les dimanches, un marché aux poissons attire les visiteurs.
Pour nous rendre au terminal routier de La Valette, nous connaissons toutes les rues. Surplombant Pietà et le port de Marsamxett, je jette un regard rapide dans les allées de Sa Maison, un jardin historique et ombragé, réparti sur cinq niveaux.
Le square devant l'église Saint-Publius bouillonne d'activité. Sous un ciel de fin d'été, des bénévoles et des artisans, s'affairent à dresser des structures métalliques, et des stands de cuisine pour célébrer les festivités commémorant le Jour de l'Indépendance, demain 21 septembre.
À cette occasion, je remarque sur le sol, des couvercles de pierre circulaires : à l'origine, ces cavités servaient de greniers et de silos, conçus pour garder le blé au sec et à l'abri des nuisibles.
Au terminal, une foule de touristes est agglutinée sur le quai A6, dédié au départ vers Marsaxlokk. Une file d'attente impatiente est déjà formée.
Nous jouons des coudes pour grimper dans le véhicule, mais il est trop tard, nous allons passer le trajet debout dans l'allée centrale.
Le conducteur nous dépose dans le centre du village. Nous nous enfonçons à pied dans des rues calmes, impatients de découvrir ce grand bourg.
En débouchant sur le front de mer qui borde la baie, un cadre pittoresque s'offre à nos yeux. Ici, les façades des belles maisons rivalisent par leurs dimensions et leur élégance. Plus loin, le calme se brise : des grappes de touristes, joyeuses et bruyantes ont investi la place de l'église et les terrasses des bars.
Le village est victime de son succès. Le renommé marché aux poissons est terminé depuis les premières lueurs de l'aube, passant le relais aux terrasses de cafés, et aux marchands de souvenirs. Marsaxlokk n'est pas une destination pour les lève-tard !
Nous nous approchons des pontons. Les bateaux en bois affichent tous des teintes vives et joyeuses, éclatantes de bleu, de jaune, de rouge et de vert.
Mon regard se fige sur l'œil d'Orisis, un symbole inquiétant et mystérieux, peint de part et d'autre de la proue des luzzus. Cette paire d'yeux protecteurs est un héritage qui remonte à l'époque des Phéniciens ; elle était alors conçue pour guider les hommes à travers les tempêtes, les protéger contre les dangers des récifs et repousser les mauvais esprits.
Nous profitons pleinement du décor haut en couleur pour capturer des clichés de nos futurs fonds d'écran !
À la sortie de la zone piétonne, un panneau rectangulaire insolite attire le regard de Denise ; « Caution Cat Crossing », obligeant les automobilistes à ralentir...
Ce qui pourrait paraître farfelu, protège en fait les chats errants. Des bénévoles du village ont aménagé des « Cat Houses » (maisons pour chats) en bois, pour abriter une colonie de chats. Toute la journée, ils font le va-et-vient, entre le trottoir et les bateaux des pêcheurs et les stands du marché pour se nourrir.
Dans l'application Maps.me, j'ai enregistré le nom de Marsaskala, un village de pêcheurs à 8 kilomètres. Pour y aller, il va falloir marcher sur un sentier côtier qui longe des falaises.
Nous nous écartons de la frénésie touristique, le chemin s'étire sur une colline, où seuls les oliviers résistent à la chaleur de l'été. De l'autre côté de la crête, le panorama est exceptionnel sur les falaises blanches, où la roche calcaire plonge à-pic dans une mer turquoise.
Quelle claque visuelle au détour de la falaise... St Peters' Pool se dévoile. Depuis un promontoire, une anse naturelle forme un fer-à-cheval parfait.
Pas de café, pas de toilettes, pas de sable et pas un centimètre d'ombre ! La plage est un plateau rocheux creusé dans le calcaire, pour bronzer et sauter dans l'eau limpide, aux reflets turquoise translucides.
Nous revenons sur nos pas. Quelques enjambées suffisent pour découvrir des bassins qui font partie d'un trésor patrimonial vivant ; les salines de Delimara. Ici, comme à celles de Gozo, ce lieu, l'endroit bien que plus discret, est un lieu de travail. Les bassins y sont plus profonds. Le moment venu, à l'aide de râteaux, les producteurs grattent et ramassent le sel.
Mon GPS indique le départ du sentier qui serpente le long des falaises. Il mène à des criques jumelles ; la première, sauvage et encaissée, s'appelle Il-Hofra z-Zghira. C'est un véritable joyau naturel, marqué par de vertigineux à-pic, qui plongent dans une eau dont les nuances balancent entre le turquoise et le bleu profond.
La crique voisine est une grande anse, appelée baie Il Hofra I-Kbira. Comme sa sœur, elle est accessible principalement par la mer, ce qui en fait un paradis pour les amateurs de snorkeling.
Le silence est total, à peine troublé par le ressac régulier de la Méditerranée qui vient mourir sur les rochers.
Nous entrons dans une zone de propriétés privées, le sentier contourne la zone côtière, il s'efface peu à peu, et nous traversons des terrains arides et sauvages avant de trouver une petite route goudronnée.
Quelques centaines de mètres plus loin, nous retrouvons le sentier en dépassant une petite chapelle. Marsaskala approche lorsque le sentier longe les rives de Il-Bajja ta' San Tuma (la Baie de Saint-Thomas).
Alors que les nuages d'un orage s'annoncent, les habitations d'un petit village de pêcheurs apparaissent. Nous sommes dimanche, autour de nous, le rythme de vie est très lent.
J'ai un regard pour les habitations des pêcheurs et des cabanes en pierre qui s'alignent au plus près de l'eau. Des luzzus flottent dans le port, d'autres sont alignés sur le quai, peints de teintes éclatantes. Comme à Marsaxlokk, chaque embarcation porte à la proue, l'œil d'Osiris.
Soudain, un déluge de pluie s'abat sur nous. Au pas de course, nous nous réfugions sous la terrasse d'un restaurant. La carte est alléchante. Les calamars frits sont saisis à la perfection et les moules à la chair charnue sont accompagnées de frites... Sûrement un clin d'œil à notre proche retour en France.
La visite de Marsaskala n'est pas inscrite dans les guides de voyage, pourtant, le front de mer et le port sont charmants.
La randonnée, longue d'une douzaine de kilomètres est terminée. Depuis le terminal central, nous grimpons dans le bus pour La Valette.
Lundi 21 septembre 2026
Le jour n'est pas encore levé lorsque l'on quitte l'appartement. Hier, j'ai repéré la station de bus Universita 4 pour prendre le bus direct jusqu'à l'aéroport.
Dans un grand hall, au milieu des voyageurs, le record de vitesse est battu, même au contrôle de sécurité. L'œil rivé sur les tableaux lumineux, je constate que le vol est programmé à l'heure.
L'avion a décollé. Bien installé dans mon siège, je regarde par le hublot les contours de l'île qui disparaissent. Avec Denise, nous pouvons déjà faire un premier bilan du voyage.
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Flâner dans La Valette, c'est arpenter un musée à ciel ouvert. Les Trois Cités révèlent une Malte préservée, éloignée du tumulte touristique, alors que le charme historique de Sliema, cède à l'architecture moderne du XXIe siècle.
Mdina et Rabat, sont deux villes incontournables. Pour nous, la première porte bien son nom de « Cité silencieuse » : ses ruelles, à l'écart du tumulte des monuments, sont même trop aseptisées !
Gozo et Comino sont des destinations idéales pour les randonneurs et les plagistes. Ce sont des havres de paix pour découvrir, à son rythme, la richesse patrimoniale et les panoramas incomparables de la campagne, ou pour nager dans les eaux transparentes du Lagon Bleu.
Coût de la vie
Malte est une destination méditerranéenne abordable.
La restauration :
Le pastizz, le roi de la cuisine de rue, coûte entre 0,50 et 0,80 €. Deux repas dans un restaurant local traditionnel plus un verre de vin pour 37 €. Un café et un cappuccino pour 6 €. Deux bières pour 4 €. Deux petits-déjeuners (copieux) pour 15 €.
Les Transports :
Le réseau de bus public est remarquable sur l'ensemble de l'archipel. C'est une option qui évite l'obligation de s'adapter à la conduite à gauche, de s'impatienter dans les nombreux embouteillages et de chercher un stationnement dans les villes.
Le prix d'un billet de bus (sans carte) varie selon la saison : 2 € pour un trajet en hiver et 2,50 € en été de la mi-juin à la mi-octobre. Dans les deux cas, le billet est valable pendant deux heures, ce qui permet de faire des correspondances. Le bus de la ligne express TD1 pour l'aéroport coûte 3 €.
Le réseau officiel Malta Public Transport propose plusieurs types de cartes adaptées aux touristes.
Activités :
Le coût de la visite des monuments varie en général entre 10 € et 25 € par adulte, des forfaits sont disponibles.
Exemples :
Co-cathédrale Saint-Jean : de 10 € à 25 €. Temples de Hagar Quim et Mnajdra : 15 €.
Malte est particulièrement accueillante avec les seniors, dès l'âge de 60 ans. Nul besoin d'être résident pour en bénéficier. Sur présentation de la carte d'identité ou du passeport, les monuments proposent un tarif réduit.
L'archipel permet de profiter d'un climat agréable, d'un riche patrimoine et d'une architecture au charme incontestable.
Les Maltais.
L'accueil est chaleureux ; habitués aux voyageurs internationaux, les habitants basculent d'une langue à l'autre sans difficulté, toujours avec le sourire.
Malte vit au rythme d'un brassage international. Le tourisme, même s'il est parfois excessif, fait partie de leur vie de tous les jours.
L'archipel a comblé toutes nos attentes et donne envie d'y revenir.
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